Témoignages et propos entendus lors des ateliers "Comment je me sens en tant que gay séropo" lors des Etats Généraux organisés en novembre 2006.
Ces ateliers ont fait ressortir clairement que si des choses ont avancé pour les gays dans la société, la séropositivité reste toujours indicible. Ce constat est fait par beaucoup de participants.
« Il faut qu’on puisse dire : "je suis séropo", qu’on puisse en parler et que cela ne fasse plus peur. Au niveau légal (assurances, crédits), les choses avancent lentement. Mais il reste le milieu familial et amical. » ; « Ce qui me pose problème, c’est ma séropositivité, plus que le fait d’être gay. » ; « J’ai mis à peu près 40 ans à dire à ma famille que j’étais homo. Je n’ai pas encore le courage et l’envie de leur dire que je suis séropo. » ; « Je voudrais parler du monde du travail. On m’a déconseillé d’y parler de ma séropositivité, mais je le refuse, je refuse que le sida soit considéré comme une maladie dégradante. Après un arrêt de travail, quand je suis revenu, on ne me donnait plus rien à faire. Les choses sont dans la non formulation, le silence. Mais je mange seul tous les jours et personne ne me fait la bise. » ; « Dans mon travail, je dois mentir. Si je dis que je suis gay et séropo, je suis sûr d’être viré. On en parle, mais je ne vois rien de concret sur le terrain à propos des discriminations. Est-ce qu’il faut mentir ? Est-ce qu’on doit encore cacher son statut ? »
D’ailleurs, les participants des États généraux soulignent qu’ils sont obligés de choisir une identité pour se définir.
« Pour moi, le problème n’est pas d’être gay, ou d’être séropo. Mais bien d’être gay ET séropo. » ; « J’ai du mal à me situer dans la séparation entre gay et séropo. Je ne veux pas que l’on réduise mon identité à l’un ou l’autre. Être gay séropo pose des problèmes différents de ceux que connaît une femme séropo. »
Finalement, l’entourage amical et le milieu gay, qui pourraient apparaître comme des havres de paix, sont souvent les endroits où le sentiment d’exclusion est le plus fort. Comme l’a dit un participant, «pour entrer dans les établissements commerciaux, il vaut mieux être beau, fashion et séroneg!»
« Je ne comprends pas pourquoi la solidarité a disparu dans le milieu gay. Pire, c’est le rejet, la négation. Le sujet a disparu maintenant que les gens meurent moins. C’est vrai qu’il y a un décalage entre les générations de séropos. Moi, je ne veux pas porter seul le poids de la prévention. » ; « La solitude quand on est séropo, c’est affreux. On prend sa pilule entre quatre murs, on n’a personne à qui parler. Mon généraliste, à qui j’ai parlé de ma solitude, m’a dit : "c’est votre problème"… » ; « J’ai beaucoup plus de facilité à parler de ma séropositivité avec des hétéros qu’au sein de la communauté gay. Le rejet y est aujourd’hui plus important. » ; « Dans la communauté, je me sens dévalorisé. »
Les associations de lutte contre le sida ne sont pas non plus épargnées par les critiques.
« Je suis séropo depuis 6 mois. J’ai essayé de me tourner vers les associations. J’ai été très étonné de ne pas m’y retrouver du tout. Décalage total avec des gens qui étaient séropos depuis 20 ans et qui parlaient surtout traitements. J’ai cherché d’autres endroits, moins médicalisés. J’ai trouvé une association, Jeunes SéroPotes, qui m’a permis de me sortir du niveau médical. C’est dur, quand on apprend sa séropositivité d’être ramené à un taux de T4, obligé de penser à la mort. »
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Synthèse de l’atelier
Des constats, d’abord :
Beaucoup ont fait l’expérience de la solitude, du sentiment de mise à l’écart ou de l’exclusion. Cela vient contredire l’existence d’une communauté.
Dans le milieu gay lui-même, la question du dévoilement de son statut est centrale : on ne peut pas vivre éternellement sous le régime de la honte et de la peur. Beaucoup ressentent une contradiction entre leur envie de visibilité et la fréquente obligation de vivre caché.
Le problème pour d’autres, n’est pas d’être gay ou séropo, mais c’est d’être gay ET séropo.
Il est difficile de vieillir gay et séropo.
C’est comme s’il y avait deux communautés, les gays séropos et les gays séronegs. On n’a pas forcément envie de visibilité, mais c’est pour certains un passage obligé pour qu’en fin de compte, les deux communautés puissent à nouveau se fondre.
Les recommandations de l’atelier
Sur quoi/sur qui doit-on agir ?
Quelques pistes d’action ont été tracées ou discutées :
• Auprès de la communauté gay, agir pour renforcer la solidarité avec les séropos.
• Dans les associations, comme AIDES, prendre des initiatives avec les gays séropos, pour les impliquer davantage.
• Mettre en place des groupes de parole, selon le statut, l’âge, dans des lieux de vie et de convivialité, comme les bars gays.
• Donner des moyens aux actions de prévention : moyens financiers, humains, formations.
• Mettre en avant une prévention qui "fasse moins peur". Parler du risque, de l’échelle des risques. Arrêter de dire que la contamination est une catastrophe ou que ceux qui se contaminent aujourd’hui sont des inconscients.
>>> Ces ateliers ont fait ressortir clairement que si des choses ont avancé pour les gays dans la société, la séropositivité reste toujours indicible. Ce constat est fait par beaucoup de participants.
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Organisées par le groupe gay de la délégation du Rhône de l'association Aides, en partenariat avec le bar Le Boys, les soirées + s'adressent aux gays séropositifs et à leurs amis. Différentes d’un endroit de thérapie de groupe, + leur ouvre un espace, où ils peuvent être sans se cacher et sans se sentir marginalisés. Ici, on sait que si on veut en parler, on peut. Et on garde l'esprit poz.